• Pour Jill Bill nous allons aujourd'hui accueillir Pénélope dans la Cour de récré.

    Bon forcément, Pénélope ne peut être qu'une tisseuse, on ne peut pas aller contre le destin.

    Mais comme elle débarque à Bigorbourg, ça ne peut pas être une simple tisseuse.

    Donc qui peut-elle être et que va-t-elle tisser ?

    Non, ce n'est pas une araignée, encore que ces petites bêtes font des merveilles que j'admire beaucoup (du moment qu'elles ne s'installent pas dans un coin de mon plafond –non pas ma tête, mauvais esprits que vous êtes !-)

    Bon, donc en partant du postulat qu'il nous faut une tisseuse qui sorte un peu de l'ordinaire, je me suis creusé la tête et je me suis souvenue d'une photo faite il y a quelque temps et d'une citation trouvée il y a longtemps (je vous mets ça en fin d'histoire).

    Bien, après ce détour, revenons à Pénélope.

    Pénélope est une vieille de la vieille. Bon d'accord elle n'est pas aussi âgée que les 3 G (pour mémoire les trois cloches de l'église, Gudule, Guduline et Gudulette) mais elle travaille main dans la main (ou pour être plus exacte aiguille dans le battant)avec elles.

    Ca y est une petite idée de qui peut bien être Pénélope. Facile quand même !

    Oui, Pénélope est l'horloge installée sur le clocher de Bigorbourg. Et depuis que Scarabine et Paraboum (le Jaquemart de Bigorbourg)  ont décidé de ne plus indiquer l'heure, mais le temps, Pénélope est la seule à tisser. A tisser quoi ? A tisser le temps évidemment.

    Comme nous sommes à Bigorbourg, il est bien évident que le temps ne se tisse pas de la même manière que dans les bourgs normaux.

    Pénélope est une charmante horloge en dentelle de fer forgé. Ses aiguilles sont délicates et se terminent en forme de fleur du plus bel effet. Assez curieusement, sûrement quelque chose de bizarrement installé dans son mécanisme, mais ce n'est pas toujours la même cloche qui sonne l'heure pour elle.

    Pour commencer parlons des choses triviales. Anthelme le bedeau doit venir remonter Pénélope au moins une fois par semaine, mais comme ce brave homme n'est plus de première jeunesse, Pénélope se fait toute douce et il n'a pas besoin de forcer sur la grosse clé qui sert de remontoir et comme il n'arrive pas à se mettre dans le crâne les subtilités des passages à l'heure d'été et d'hiver, Pénélope encore très aimablement règle elle-même ses aiguilles (il faut dire qu'elle a pratiqué cette discipline dans son jeune temps –eh oui, l'heure d'été avait commencé à sévir en 1916, merci à Benjamin Franklin pour en avoir émis l'idée pour la première fois !-).

    Passons maintenant aux choses sérieuses. Comment Pénélope tisse-t-elle le temps de Bigorbourg et que fait-elle pour faciliter la vie aux Bigorbourgeois ?

    C'est simple ! Mais si, mais si !

    Du haut du clocher, Pénélope s'est depuis longtemps rendu compte que les humains qui vont et viennent ont parfois une curieusement conception du temps.

    Parfois ils s'exclament "Zut, plus que 10 minutes pour terminer mon devoir".

    Ou bien "Et barbe, encore une demi-heure à attendre avant que la bibliothèque n'ouvre".

    Il y a aussi "Y en a marre, le temps ne passe pas, encore 1 heure de boulot".

    Et bien évidemment le pendant "Hélas, plus qu'une heure avant son départ".

    Ou bien "Chic, encore le temps pour un tour de manège"

    Ou "Chouette, plus que deux minutes avant de partir en vacances"

    Vous avez bien sûr remarqué que les mots "encore" et "plus que" sont accommodés à toutes les sauces, favorable ou défavorable, le tout étant l'intention placée dans l'intonation et l'action en cours.

    Reconnaissez, par exemple, qu'un quart d'heure passé chez le dentiste (sauf pour les masochistes)dure beaucoup plus longtemps qu'un quart d'heure de natation (enfin pour ceux qui aiment l'eau).

    Pour résumer les choses, Pénélope a bien compris que les humains ne sont jamais en phase avec le temps qui passe.

    Je ne parle même pas des paradoxes spatio-temporels parce que là, Pénélope a aussi un peu de mal à suivre.

    Bref, je vous laisse trouver vos propres repères temporels.

    Revenons, si vous le voulez bien, à la technique brevetée "Pénélope" pour rendre le temps agréable aux Bigorbourgeois.

    La recette paraît toute simple "Allonger au maximum les moments de plaisir et raccourcir le plus possible les pensums."

    Seulement voilà, tout est question de dosage.

    C'est vrai, vous vous voyez vivre toujours dans la béatitude, sans période de stress, de peur, d'ennui ? Franchement, ça manquerait un peu de variété, de piquant et d'ailleurs on ne se rendrait même plus compte que l'on est heureux.

    Aussi, dans sa grande sagesse, Pénélope n'intervient que dans les cas qu'elle juge incontournable. Les parents et grands-parents qui voient leur enfant repartir après les vacances ont le droit à quelques heures qui durent longtemps, le lecteur plongé avec délice dans un livre se verra offrir le temps de finir son chapitre, chez le dentiste la roulette ne vrombira qu'une toute petite minute, l'enfant qui se casse un bras se retrouvera plâtré et soulagé en un clin d'œil.

    Pour le reste, il va falloir apprendre à gérer son temps pour rendre ses devoirs en temps et en heure ou pour boucler un dossier important, il faudra savoir endurer le mal de tête qu'une aspirine est capable de soulager. Si on se couronne un genou, tant pis, il faut donner le temps à Maman ou Papa de faire le bisou qui va bien. Et si, si, le soir il faut filer au lit sans trop râler, d'ailleurs les rêves n'attendent pas, eux aussi ont des problèmes avec le temps.

    Bien sûr, gérer tout cela, c'est un peu casse-tête pour Pénélope qui, parfois, arrive à s'emmêler les aiguilles en tricotant le temps. Il ne faut donc pas trop s'étonner si parfois Gudule, Guduline ou Gudulette sonne l'heure avec un peu d'avance ou de retard.

    Et comme dit le latiniste distingué "Carpe Diem". Alors savourez le temps, qu'il soit long ou court !http://i32.servimg.com/u/f32/09/02/08/06/img_0821.jpg

     

    Voici la très jolie citation que j'avais relevée et qui résume ma petite histoire "Les heures heureuses ne sont point comme les heures ordinaires limitées à leur brève existence de 60 minutes si vite écoulées, si vite oubliées. Elles ont l'étonnant privilège de se prolonger indéfiniment dans le temps et dans le souvenir de ceux qui les ont vécues."

     


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  • C'est la rentrée aussi pour la Cour de Récré de Jill Bill, avec le prénom Berthold

    Ce matin, Achille, le bibliothécaire de Bigourbourg est aux anges.

    Monsieur Balthazar, l'étrange brocanteur-antiquaire-bazar, qui vit à la lisière du bourg, vient de lui faire parvenir une caisse de vieux livres.

    Pour Achille, c'est Noël avant l'heure. Il ouvre avec délectation le carton, écarte doucement le papier bulle qui enveloppe chaque petite merveille, il déballe les livres un par un, son œil plein de gourmandise les détaille et sa main légère comme une plume les effleure avec tendresse. Un gros soupir de bonheur lui échappe lorsque tous les livres sont étalés sur la table.

    Maintenant va venir le moment le plus délicieux, celui qu'il a reculé le plus possible, celui de feuilleter ses nouveaux amis.

    Achille s'installe confortablement dans son fauteuil et saisit le premier volume. Il se perd dans la contemplation de superbes fleurs aquarellées à la main, survole les mots plein de poésie des historiens ou des naturalistes de jadis, opine aux réflexions pleines de bon sens de certains, s'offusque des mœurs des mérovingiens.

    Bref, heureusement que ce matin la bibliothèque est fermée parce que sinon les bigorbourgeois n'auraient pas eu la pleine attention qu'Achille leur réserve habituellement.

    Et enfin, Achille tend la main vers le dernier livre, un petit joyau que Balthazar a trouvé il ne sait pas où. C'est un très vieux manuscrit aux pages de parchemin bien protégées par une couverture en bois (pour ceux que ça intéresse ces morceaux de bois qui servaient de couverture s'appellent des ais).

    Achille ouvre cet ancêtre avec précaution, ses yeux caressent les belles lettres si régulières qui fleurissent bien noires sur l'épais parchemin si doux aux doigts. Il rêve aux jours qui coulent sur lui depuis des siècles.

    Il soupire de bonheur et continue à tourner les pages admirant les lettrines de couleur, les enluminures. Quel trésor !

    Quand tout à coup, en tournant une page, ces doigts rencontrent une surface légèrement humide.

    Un peu inquiet, il regarde ses doigts, un peu d'encre verte les macule.

    Par quel miracle, l'encre n'est-elle pas encore sèche après un millénaire ?

    Il n'a pas besoin de s'interroger longuement.

    Comme un pop-up, un curieux et minuscule personnage habillé de braies rouges, de chausses bleues, d'une chainse (chemise) jaune, d'un bliaud vert, coiffé d'un curieux chaperon multicolore, chaussé de poulaines violettes et la taille ceinte d'une belle ceinture d'or et d'argent, surgit devant lui en agitant furieusement une grande plume blanche. Bref un arc-en-ciel sur deux jambes.

    Il semble fort en colère, même si la tache noire qui orne son bout de nez pointu lui enlève un peu de férocité.

    "Ah c'est malin, avec vos gros doigts, vous venez barbîmer mon beau travail !" 

    Achille a beau être lui-même quelqu'un de très spécial, c'est la première fois qu'un drôle de bonhomme comme celui-ci lui bondit au nez du cœur d'un livre.

    "De barbîmer ?"

    "Oui  , il me semble que j'articule correctement non ?"

    "Certes, certes, c'était simplement la première fois que j'entendais ce verbe"

    "Ah là, là, brouillon et inculte en plus ! Vous avez tout pour plaire vous ! ce n’est pas compliqué Barbîmer, c’est barbouiller et abîmer."

    "Veuillez m'excuser, je ne voulais pas barbîmer votre œuvre ! Mais, euh, qui êtes-vous exactement"

    "Vous avez devant vous Berthold, artiste enlumineur, spécialiste de la lettrine, maître de la dorure, roi des couleurs" se rengorge l'étrange personnage.

    "Et c'est quoi votre job exactement ?"

    "Job ? Qu'est ce que le pauvre Job vient faire dans votre entreprise de démolition ?"

    "Excusez-moi, job est un synonyme pour le mot travail"

    "Travail, travail. Mais on parle d'Art là !"

    "Navré, navré" le pauvre Achille ne sait plus trop par quel bout prendre l'acariâtre Berthold. "Je voulais bien sûr dire quel est votre Art !"

    "Mais enfin, c’est simple ! Je suis chargé de redonner de la couleur et du brillant aux enluminures. Vous comprenez, certes les encres de mes patrons les moines sont de très bonne qualité, mais un petit coup de neuf de temps en temps ça ne fait pas de mal !"

    Achille est un peu dépassé, mais comme il ne veut pas blesser son visiteur, il opine.

    "Effectivement, ça ne m’était jamais venu à l’idée. Je comprends mieux pourquoi les vieux manuscrits sont toujours aussi beaux. "

    "Vieux manuscrits, non mais, ils ne sont pas si vieux que ça, tout au plus une centaine d’années ! "

    "Désolé de vous contredire, mais en fait, ça fait mille ans que vous travaillez sur ce magnifique ouvrage et maintenant ce ne sont plus les moines qui écrivent les livres, ce sont des machines."

    "Mille ans" s’exclame Berthold "mais c’est terrible, plus de moines, des machines ! Mais de quelles machines parlez-vous ? "

    Et voilà qu’Achille se retrouve à expliquer au pauvre Berthold la découverte de l’imprimerie, les presses offset, les imprimantes laser et autres nouveautés.

    A l’annonce de tous ces progrès, le pauvre Berthold fond en larmes. On ne va plus avoir besoin de lui, quelle horreur. Achille est bien malheureux de constater ce désespoir et ne sait quoi faire pour remonter le moral à Berthold.

    Sur un dernier reniflement celui-ci regarde pour la première fois autour de lui et s’exclame.

    "Mais nous sommes dans un scriptorium ! "

    "Non pas vraiment, cet endroit s’appelle une bibliothèque. "

    "Et alors ! Je vois bien qu’il y a des livres fatigués, des livres qui manquent de couleurs ! "

    Et Berthold n’a pas tort. Les Bigorbourgeois sont de grands lecteurs et les livres, illustrés et albums sont parfois un peu défraichis. Cette constatation requinque le petit bonhomme, il fixe Achille bien dans lhttp://i32.servimg.com/u/f32/09/02/08/06/evan110.jpges yeux et déclare fermement.

    "Voilà, maintenant je vais m’occuper de vos livres et votre scriptorium aura les plus belles images qui soient"

    Inutile de dire qu’Achille a, très volontiers, accepté la proposition de Berthold.

    Et depuis les Bigorbourgeois peuvent se régaler les yeux d’images splendides, aussi belles que celles que l’on trouve dans les vieux manuscrits. Berthold est toujours un peu péremptoire, mais après tout on peut pardonner beaucoup aux artistes. Non ?

     

    Après recherche sur Internet Berthold était un abbé ayant développé dans son monastère, un grand atelier de manuscrits enluminés.


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  • Dans la Cour de Récré de Jill Bill, avant de glisser la clé sous la porte pour les vacances, je vous propose de rencontrer Jésabelle.

    Venez, suivez-moi dans la forêt de Bigourbourg et pour être plus exacte dans le petit coin où nichent les Papillanges. C'est parmi eux que nous allons trouver Jésabelle.

    C'est une très curieuse Papillange, délicate d'apparence comme tous les autres mais, alors que ses frères et sœurs sont pleins de couleur, de vitalité et virevoltent dans tous les coins, Jésabelle est beaucoup plus réservée, presque transparente. Des cheveux comme du verre filé, un teint pâle, des ailes transparentes, elle semblerait presque maladive.

    Mais, ça c’est le matin avant d’entamer sa journée de travail.

    Tenez, justement la voilà qui s’envole. Attention, ne la perdez pas des yeux. Pour le moment, elle est tellement translucide qu’on ne peut la repérer qu’au léger scintillement d’air qu’elle laisse derrière elle.

    Ah, elle s’arrête près d’une maison. Je crois qu’elle a trouvé de quoi s’occuper.

    Une fenêtre est légèrement entrouverte, elle en profite pour se glisser doucement dans l’habitation et comme à Bigorbourg nous sommes invisibles et sans épaisseur empruntons lui le pas pour la voir à l’œuvre.

    Sur quoi peut bien travailler Jésabelle ? Juste un petit rappel la Jésabelle historique était une vilaine manipulatrice, eh bien disons que la nôtre a aussi ce talent, mais, elle, c’est pour la bonne cause.

    Installez-vous, vous allez comprendre.

    Dans le salon, il y a installée dans un fauteuil confortable une grand-mère aux cheveux blancs qui doivent être tout doux au toucher j’en suis sûre. Près d’elle, assise sur le bras du fauteuil, il y a une petite fille aux cheveux raides comme des baguettes de tambour, sa main joue avec les cheveux de sa grand-mère et elle pose des questions, plein de questions.

    Des questions sur quoi ?

    Des questions sur les quelques vieilles photos en noir et blanc qui s’alanguissent sur les genoux de son aïeule.http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi210.jpg Des photos qui lui font demander avec des étoiles dans les yeux.

    http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi410.jpg« Pourquoi la dame a ce drôle de chapeau »

    « Pourquoi la petite fille a des cheveux tout bizarres »

    « Qui c’est ce monsieur, et cette dame, et ce bébé ? »

    « C’est où cette maison ? »

    « Et pourquoi elle a l’air triste la dame ? »

    Et la grand-mère fouille dans sa mémoire, elle essaye de se rappeler pourquoi elle avait mis ce drôle de bibi, elle tente d’expliquer que cette dame c’est sa maman à elle et que si elle est triste c’est parce que la vie était dure pour les femmes seules, que cette petite fille malicieuse aux cheveux tout frisés c’est la maman de la fillette le jour de la remise des prix, que ce bébé, c’est, c’est … elle ne sait plus de qui il s’agit.

    La petite fille s’impatiente, elle veut tout savoir pourquoi ? Et si ? Et mais ? Et comment ?

    http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi110.jpgVoyant l’air un peu désemparé de la vieille dame, notre Jésabelle s’approche, elle se met à tournoyer doucement autour de la tête blanche.

    Et voilà, brusquement les souvenirs affluent, ils reprennent des couleurs, de la vie, les mots coulent facilement, le rire est proche des larmes, les larmes se transforment en rire. Et la petite fille bat des mains, toute heureuse de rencontrer sa maman à son âge, toute désolée de ne pas pouvoir serrer ce monsieur dans ses bras.

    Et la grand-mère sourit, elle sait bien que la petite fille ne retiendra pas tout de seshttp://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi310.jpg histoires, qu’un jour elle sera heureuse de retrouver ces vieilles photos, mais tellement frustrée aussi de ne plus se souvenir des paroles qui allaient avec.

    Voilà c’est ça le travail de Jésabelle, comme le dit la chanson « Les souvenirs que l'on croit fanés sont des êtres vivants » et elle, elle leur rend la vie.

    Mieux encore, elle peut aussi atténuer les souvenirs tristes, ceux qui restent tellement plus présents dans l’esprit que les souvenirs heureux.

    Et lorsque la fillette écarte les photos et se pelotonne sur les genoux de sa grand-mère pour un gros câlin complice, la petite Papillange reprend son vol et regardez comme elle a maintenant de belles couleurs, comme elle paraît pleine de vie ! Les souvenirs la nourrissent, comme ils nous nourrissent, alors gardons les bien précieusement, ils réchaufferont les jours tristes et ils perpétueront la mémoire des êtres aimés.

    http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi510.jpg

    Photos familiales bien sûr alors de haut en bas et de gauche à droite :

    Mon arrière-grand-mère et mon arrière-grand-oncle (enfin je crois) et bébé inconnu 1920/1930 

    Ma mère à la remise de prix 1938 ou 39

    Mon arrière-grand-mère et ma mère entre 1937 et 1940

    Ma grand-mère en 1943

    Et ma pomme en 1957-58


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  • Et voilà Tarcise qui pointe son nez dans la Cour de Récré ! Enfin quand je dis son nez, c'est juste histoire de dire, jugez-en plutôt.

    Madame Thècle se demande bien ce qui lui a pris lorsqu'elle a embauché Tarcise en tant que maître d'hôtel. Bon d'accord, lorsqu'elle l'a recueilli, il venait de se fracasser la tête sur sa belle vitrine.

    Nous sommes d'accord, Madame Thècle n'y est pour rien si Tarcise est tête en l'air, mais bon peut-être que le reflet du soleil dans la vitre l'a ébloui le pauvre !

    Quand elle le regarde c'est vrai qu'il a plutôt fière allure maintenant que sa grosse bosse a disparu. Fièrement dressé sur ses jambes, la taille bien prise, la tête haute, le regard un peu dédaigneux mais pas trop, un beau plumage noir et blanc.

    Ziiiipppp je sens que vous venez de freiner, comment ça un beau plumage noir et blanc, il doit y avoir erreur, elle doit vouloir parler d'un bel uniforme noir et blanc.

    Non, non j'ai bien écrit plumage et je le maintiens et non, n'allez pas tout de suite au plus simple, Tarcise n'est pas un pingouin, d'ailleurs, même à Bigorbourg les pingouins ne volent pas, d'autant que pour le moment il n'y a pas encore de pingouin. Breeefffff !!!!

    Plumage disais-je donc !

    Tarcise est un pigeon noir et blanc. Ce qui est assez peu banal c'est la disposition de ces couleurs. Le plastron blanc, le reste noir, avec sous le menton une tache noire du plus bel aloi qui fait comme un nœud papillon.

    Ce doit être ça qui a conquis Thècle, ça et puis ayant le don de comprendre les animaux elle a deviné chez lui l'envie de rendre service. Parce que se pavaner en roucoulant pour mendier sa nourriture, et bien il en a un peu assez. C'est comme ça, Tarcise est un pigeon fier comme un paon, il a sa dignité !

    Bon, il faut dire aussi que Thècle a un peu tendu le bâton pour se faire battre comme on dit. Alors qu'elle soignait sa bosse, elle a trouvé malin de lui dire qu'il avait une très belle livrée de maître d'hôtel et notre pigeon ayant beaucoup voyagé a deviné de quoi il s'agissait.

    Il a donc fait du charme à Thècle et du charme roucoulant, c'est saoulant ! La pauvre Thècle ne voulant pas le mettre dehors encore tout dolent, a fini par céder (à mon avis ce pigeon a pris des cours de coercition auprès de certains chats, ceux qui sont les possessions de ces charmants petits animaux savent de quoi je parle).

    Re-bref ! Voilà donc Tarcise, installé à l'entrée du salon de thé de Thècle qui attend les clients. Et justement en voilà ! Ils franchissent la porte et vont pour s'installer à une table libre, lorsqu'un Rooouuuuu péremptoire et interrogateur les arrête net. Satisfait d'avoir capté l'attention des arrivants, Tarcise descend de son perchoir et d'un pas de sénateur tout en tortillant du croupion (je sais c'est un pigeon très bizarre), il les précède jusqu'à la table convoitée et les laissent s'installer.

    Ensuite il s'envole et ramène avec célérité la carte des douceurs qu'il dépose sur la table. Les invités sont étonnés, mais conquis aussi par ce drôle d'oiseau (au sens propre et littéral du terme) et puis ayant compris qu'il attend leur commande, ils s'amusent à se demander comment il va bien arriver à enregistrer et à transmettre leur choix.

    C'est mal connaître l'ingéniosité de Thècle.

    Lorsqu'ils énoncent leur commande, Tarcise se met à piqueter du bec ce qui ressemble à une machine à calculer posée sur le rebord de la table. Et voilà, comme dans les restaurants chinois, un gâteau ou une boisson correspondent à un chiffre et comme Tarcise n'a pas un cerveau de piaf, il a parfaitement retenu les équivalences. http://img237.imageshack.us/img237/2848/1337vs0.jpg

    Lorsque la commande est complète, il appuie d'un rigoureux coup de bec sur un gros bouton vert et par le miracle de la technologie (ou de la magie ?), elle arrive en cuisine. Et Thècle n'a plus qu'à servir.

    A la fin de la journée, Tarcise est un peu fatigué, il a le bec légèrement engourdi ce qui ne l'empêche pas de becqueter avec entrain le salaire en nature que Thècle, ravie en fin de compte de son maître d'hôtel, vient de lui servir.


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  • Merci à Jill-Bill pour ce nouveau charmant prénom !

    Ce matin, en jetant un petit coup d’œil à Bigorbourg, je me suis aperçue qu’un « étranger » venait d’arriver au volant d’une petite voiture un peu fatiguée. Je me suis donc embusquée pour voir ce qu’il allait advenir (faudrait quand même pas venir polluer l’air de mon bourg !)

    C’est un charmant jeune homme à l’air un peu bohème et rêveur. D’ailleurs le voilà qui s’allonge dans l’herbe pour regarder passer les nuages (eh oui, il fait beau à Bigorbourg et toc !).

    Il baille, se tortille, semble se parler à lui-même.

    Subrepticement, je m’approche pour l’écouter. Comment ça je suis curieuse, mais enfin, j’ai bien le droit de savoir ce que font les gens de passage ! Je ne l’avais pas prévu, moi, ce jeune homme !

    Donc, il paraît préoccupé et regarde le carnet qu’il tient à la main.

    « Qu’écrire, mais qu’écrire ? Rien ne vient, ma tête est vide, c’est l’horreur ! »

    Ah, un syndrome de la page blanche semble-t-il ! Désolée mon grand, mais je ne vais rien pouvoir faire pour toi. A moins que ? Justement, voilà peut-être bien la solution qui s’approche.

    Notre jeune homme vient se s’asseoir, manifestement les nuages ne veulent pas l’aider dans sa recherche de mots. Il soupire et regarde autour de lui. Tiens, il y a du mouvement à l’autre bout du champ. Il se redresse un peu plus et voit venir vers lui Inès et Violaine les brebis de Pernelle.

    De belles brebis comme ça, ça devrait lui donner des idées non ?

    Mais non, il a beau fouiller rien ne vient, si ce n’est qu’il trouve un peu bizarre que des moutons se baladent comme ça sans berger.

    En réalité, il y a bien un berger, enfin une bergère en l’occurrence.

    Tout étonné, le jeune homme, aperçoit une petite silhouette blanche qui s’agite autour des brebis, elle semble essayer de les diriger vers la ferme qu’il aperçoit au loin.

    Mais qu’est ce que peut bien être cette drôle de chose.

    Cette fois, il se met debout, la main en visière pour s’abriter du soleil (oui il y a du soleil à Bigorbourg et re-toc !) et mieux observer l’étrange tableau.

    En effet, ce qui tourne autour d’Inès et Violaine, c’est une oie ! Une belle oie toute blanche, au beau bec jaune vif. Elle cacarde à qui mieux mieux pour remettre ses ouailles dans le droit chemin, mais manifestement, il y a de la rébellion dans l’air.

    Les deux curieuses s’approchent du visiteur et tout benoîtement se mettent à brouter près de lui.

    Il se met à rire, un peu ému de la confiance de ces deux belles demoiselles.

    Il se risque à une caresse et il a droit en récompense à un regard tout doux.

    L’inspiration va-t-elle revenir dans ce cadre idyllique ?

    Un nouveau gros soupir et il s’effondre dans l’herbe, non rien ne vient, c’est à désespérer.

    Alors qu’il se morfond, voilà l’oie qui s’approche de lui. Elle donne un coup de bec dans le carnet, ah ça elle connaît, elle a déjà vu ce genre de choses entre beaucoup de mains, elle sait notamment que les conteurs du village y jettent des idées pour les histoires que tout le monde écoute avec plaisir.

    Elle regarde donc avec intérêt ce jeune homme, ce doit être un conteur et il va peut être la régaler d’une belle légende. Elle tend un peu plus le cou, mais les pages sont vides et il a l’air bien triste.

    Elle s’adresse à lui dans son langage d’oie et bizarrement (mais vous savez comment les choses se passent à Bigorbourg !) il semble la comprendre.

    « Non ma belle, je n’ai rien à te raconter, les idées ne viennent pas. Je ne suis qu’un pauvre Pierrot sans plume ».

    Une plume, elle connaît très bien notre petite bergère elle en est couverte et elle sait aussi que dans le temps les poètes écrivaient avec, elle a vu ça dans un livre oublié par Pernelle. Alors, ni une, ni deux, elle s’arrache une belle plume et la tend à l’écrivain.

    « Merci, merci, tu es bien gentille mais que veux-tu que je fasse de ta plume »

    Décidemment, il est dur à la détente. Un coup de bec bien placé lui remet les idées en place.

    Il rit et sort de son sac un canif, il taille la plume. Puis il enlève la cartouche d’encre de son stylhttp://www.coloriage.org/img/oie-2-b2111.jpgo, la vide dans une coquille de noix qui traînait par là, trempe la plume dedans.

    L’heure de vérité a sonnée. Il se caresse doucement le front avec la plume et merveille, les idées affluent. Vite, vite, il se dépêche de les coucher sur le papier.

    Lorsqu’il a terminé, il remercie la belle oie d’une caresse et lui promet de lui ramener du grain à sa prochaine visite.

    Et Néomoise dans tout ça ? Néomoise est bien sûr le prénom de notre oie bergère, pourquoi Néomoise ? Parce que c’est le nom d’une sainte (bergère de son état) qui ne voulant pas être importunée par les hommes se vit octroyer une patte d’oie par Dieu, chacun voit midi à sa porte n’est-ce pas ?


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