Ecriture Ludique proposait d'écrire un texte sur une photo de d'Alexandre Koening. Je vous mets la photo en bas, sinon ce serait trop simple de deviner ce qui se passe.
J'ai découvert ce petit coin de rocher, en bas de la digue, il y a bien longtemps.
Je m'y suis toujours sentie bien.
En été, la chaleur de la pierre se répandait dans mon dos.
En hiver, j'étais protégée du vent qui cinglait la mer.
J'y allais pour lire, pour réfléchir, pour écrire, pour rêver.
C'était mon petit coin, mon cocon, ma carapace face au monde extérieur.
Et puis, petit à petit, les choses ont changé.
J'avais de plus en plus de mal à m'arracher à mon nid de pierre.
Lorsque je m'éloignais de lui, j'avais l'impression de me vider de ma substance.
Quand j'en restais loin trop longtemps, je me sentais mal, comme coupée d'une partie de mon être.
J'ai mis longtemps à saisir de quoi il retournait.
Bien sûr, lorsque j'ai compris ce qui m'arrivai j'ai voulu lutter.
Mais, bientôt je n'en avais plus la force, puis très rapidement je n'en ai plus eu envie.
Après tout je ne manque à personne et je suis bien dans le cœur de la pierre.
Maintenant je suis en paix.
Quand personne n'observe, je sors de mon abri et telle l'ombre que je suis devenue, je me promène le long de la digue
ou de la mer.
Lorsqu'une présence se manifeste, je me fonds dans la pierre et je disparais aux yeux de tous.
Parfois des gens viennent s'installer dans mon ancien abri, je les observe avec plaisir, je prends un peu de leur
énergie.
Généralement, ils restent peu de temps, mon petit coin les met rapidement mal à l'aise.
Comment ont-ils expliqué ma disparition ? Je ne sais rien et je m'en moque.
Et si un jour la solitude se faisait trop sentir ? Peut-être attirerai-je quelqu'un au cœur du roc.