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Distribution différée (et Saint Valentin aussi)

Pour défi du samedi le facteur, amoureux fou, n'avait pas la tête à son travail... Quelques erreurs ont été commises.
Racontez! loveletters


Grand-Oncle, depuis qu'il a perdu Chère Grand-Tante, n'est plus que l'ombre de lui-même.

A tel point qu'il fait venir près de lui Jeune Facteur son petit neveu le seul à avoir repris le flambeau familial de la poste pour une confession. Ce qu'il dit à Jeune Facteur lui fait dresser les cheveux sur la tête.

Grand-Oncle lui avoue que lorsqu'il était jeune il a commis l'irréparable pour un facteur. Il a volé du courrier. Eh oui !

A l'époque il venait de se faire congédier par la jeune fille qu'il aimait, il en fut tellement malheureux qu'il jugea que les autres n'avaient pas le droit au bonheur non plus et pendant deux ans à la Saint Valentin il subtilisa dans le courrier toutes les lettres qui lui semblaient parler d'amour, celles avec des baisers, celles qui sentaient bon, celles qui disaient "vite facteur, l'amour n'attend pas".

Ensuite, ah ensuite, il rencontra Chère Grand-Tante et ses griefs s'envolèrent, sa mémoire aussi parce qu'elle préféra lui faire oublier sa vilenie.

Seulement voilà, après la disparition de Chère Grand-Tante pour tuer le temps, il fit du rangement et il tomba sur un sac contenant le fruit de ses larcins.

"Et maintenant" interroge Jeune Facteur outré.

"Maintenant, j'aimerais que tu distribue ce courrier" soupire Grand-Oncle.

Jeune Facteur en reste bouché bée, distribuer du courrier qui a quoi, 30/40 ans !!!

"Absolument, il faut le distribuer" piaille une petite voix venue de nulle part.

Les deux hommes ahuris regardent autour d'eux.

Et voilà qu'apparaît une toute petite bonne femme, vêtue d'une courte tunique rose, avec un arc et un carquois en travers du dos. Parée de deux minuscules ailes blanches elle volette devant le regard éberlué des deux facteurs.

"Qui êtes-vous ?" s'étrangle Jeune Facteur.

"Une cupidone ça se voit bien non !" s'indigne la donzelle.

"Mais ça n'existe pas, ce sont les Cupidons qui sont censés exister" bafouille Jeune Facteur un peu dépassé par les évènements.

"Ah c'est bien une idée de macho ça, et pourquoi les filles feraient-elles de plus mauvais Cupidons que les garçons, hein !"

"Vous avez raison, il n'y a pas de raison. Euh, que pouvons nous pour vous ?"

"Comment ça, ce que vous pouvez pour moi ? trépigne (enfin si on peut trépigner tout en voletant) la Cupidone. "Vous ne vous rendez pas compte qu'à cause de votre Grand-Oncle je n'ai pas rempli mon quota de couples moi, c'est pas bon pour mon avancement, alors hop, on file distribuer le courrier en instance".

"Mais vous vous rendez bien compte qu'après tout ce temps on ne va sûrement pas trouver grand monde"

"Je sais, j'ai déjà fait mon enquête, j'ai eu le temps" rétorque-t-elle en lançant un regard furibond à Grand-Oncle qui se fait tout petit dans son coin.

"En fait, entre les décès, ceux qui ont trouvé mieux ailleurs, ceux qui ont mis, à raison, la perte de leur courrier sur le dos de la poste et se sont mariés, il reste une personne à qui il faut absolument distribuer sa lettre. Allez hop on fouille dans le paquet et on trouve le courrier pour Mademoiselle Rose qui est devenue Madame Lerouge et qui ça tombe bien habite toujours dans le coin, allez hop, hop"

Et sous la férule de la Cupidone nos deux facteurs trient (ça ils savent faire) le courrier d'amour stocké dans le sac.

Bientôt ils ont en main la lettre un peu jaunie dont l'adresse est écrite d'une belle écriture calligraphiée.

Jeune Facteur vérifie dans l'annuaire l'adresse de Madame Lerouge et accompagné de la Cupidone qui tournoie au dessus de sa tête, pas trop fier quand même, il se rend chez l'amoureuse lésée.

Il frappe à la porte d'une coquette petite maison, une petite grand-mère lui ouvre avec un bon sourire.

"Bonjour Facteur que puis-je pour vous ?"

"Bonjour Madame, je suis…, il y a…. en réalité voilà…." Bref Jeune Facteur ne sait pas trop comment cracher le morceau. Finalement sous le regard indulgent de la vieille dame, il finit par lui tendre la lettre en balbutiant.

"Voilà la Poste vient de retrouver ce courrier envoyé il y a longtemps et que nous avons le plaisir de vous remettre maintenant"

La vieille dame se saisit de la lettre, regarde étonnée la date d'envoi, l'ouvre et des larmes se mêlant à un doux rire elle s'exclame "Mais c'est un courrier de la Saint Valentin envoyé par mon époux décédé il y a quelques temps, quel merveilleux cadeau vous me faites là jeune homme, je vous en prie entrez donc prendre un thé et manger un morceau de gâteau"

Avant d'entrer Jeune Facteur se tourne avec désapprobation vers la Cupidone "Mais vous aviez dit que ce n'était pas la peine de donner les lettres à ceux qui s'étaient de toute façon unis, c'est quoi ce pataquès ?"

La petite Cupidone lui fait un clin d'œil et l'invite à entrer dans la maison.

Pendant qu'il a le dos tourné, elle attrape son arc, encoche une flèche et le bande.

Brusquement une voix juvénile se fait entendre.

"Que se passe-t-il Grand-Mère ?"

"Un miracle ma chérie, une lettre de Saint Valentin de ton Grand-Père qui vient d'arriver"

Et devant les yeux éblouis de Jeune Facteur déboule une gracieuse demoiselle qui le regarde bien dans les yeux et lui décoche (en même temps que la Cupidone sa flèche) un sourire qui le transperce d'amour. La Grand-Mère s'en aperçoit et avec un sourire tremblant aux lèvres remercie son défunt époux du petit miracle qui vient de s'accomplir sous ses yeux.

Juste avant qu'elle ne disparaisse, la Cupidone s'approche de Jeune Facteur et lui murmure à l'oreille "C'était toi mon boulot d'aujourd'hui, allez bonne chance. Au fait, je m'appelle Céleste".


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Commenter cet article
M
Oh une lettre qui arrive avec 10 ou 20 ans de retard ça arrive de temps en temps, mais là mon facteur n'était pas sympa
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B
Tu nous racontes une superbe histoire... A entendre mon papa facteur , à l'époque où il l'était le courrier ne se perdait jamais... hihi..;bisous..;bonne journée...
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M
Je suis sûre que les petites Cupidones s'en sortiront au moins aussi bien que les Cupidons
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C
Amusant et touchant. J'aime beaucoup le mot Cupidone. Tout étant féminisé il en est de même pour Cupidon...... ;-)
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M
Il se perd maintenant ? Ah ! J'avais constaté qu'il avait de plus en plus de retard, mais qu'il se perdait non ce n'est pas possible !
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