Merci à Jill Bill pour ce prénom qui sort de l’ordinaire, bon d’accord, à peine plus que d’habitude.
En route pour la forêt de Bigorbourg où nous allons dénicher notre Eupraxie. Et quand je dis dénicher, c’est dénicher presque au sens propre du terme.
Qu’entendez-vous dans le prénom Eupraxie, le son eu bien sûr, qui dit « eu » dit « œufs », vous me suivez là ? Non pas trop ! Voici donc quelques explications supplémentaires.
Eupraxie vit donc dans la forêt de Bigorbourg. Il s’agit d’une charmante petite fée au cœur tendre et son cœur tendre ne supporte pas les exactions des coucous. C’est comme ça, Darwin, et sa théorie de l’évolution, peut se mettre ça dans la poche, Eupraxie se hérisse de fureur lorsqu’on lui parle des coucous.
Des oiseaux qui non seulement abandonnent leurs enfants, mais qui en plus détruisent les œufs des autres oiseaux, ça elle ne supporte pas.
Elle a donc décidé de remédier à la situation et elle a créé une « Ecole pour les parents coucous ». Bon me direz-vous, elle a peut-être copié sur certaines réalisations humaines qui ont pour but d’apprendre le métier de parents à certaines personnes un peu dépassées par les évènements.
Eupraxie s’est attelée, vous vous en doutez bien à une tâche difficile.
Tout d’abord, elle a commencé par une tournée de sensibilisation.
D’une part, faire comprendre aux oiseaux de base qu’ils devaient surveiller de près leur nid et que s’ils trouvaient un œuf bien plus grand que les leurs, il y avait anguille sous roche. (NDLR bizarre en effet, mais les oiseaux ont une cervelle d’oiseau et ils ne s’étaient jamais rendu compte de rien, bon remarquez les humains aussi arrivent parfois à avaler d’énormes couleuvres sans sourciller, mais ceci est un autre débat.)
D’autre part, elle a essayé de faire comprendre aux coucous à quel point la maternité et la paternité étaient des moments, certes crevants, frustrants, énervants, j’en passe et des meilleurs, mais aussi combien privilégiés et heureux.
Bien entendu, toute cette affaire a rapidement tourné à la foire d’empoigne entre les oiseaux lambdas qui venaient brusquement de se rendre compte que certains d’entre eux s’étaient faits joyeusement refaire en s’éreintant à élever des enfants qui n’étaient pas les leurs, et les coucous qui ne voyaient pas pourquoi toute une civilisation de privilège et d’exploitation des autres devrait brusquement se terminer comme ça !
Bref, dans un premier temps, Eupraxie a créé une pouponnière dans laquelle, elle accueillait tous les œufs de coucous. Des oiselles bénévoles sans petit acceptèrent de les couver. Puis secondées par les papillanges et Eupraxie, elles se chargèrent de nourrir ce glouton petit monde.
Dans le même temps, les coucous insouciants étaient priés fermement d’assister à tout le processus, ce qu’ils firent il faut bien le dire en maugréant, mais Eupraxie sait être très persuasive.
La première année a été la plus difficile bien sûr, ensuite, eh bien les coucous ont trouvé que leurs petits avaient plutôt une bonne bouille et que les nourrices semblaient apprécier les câlins et les bons moments.
La seconde année, la plupart d’entre eux ont accepté de tenter l’expérience. Il a fallu
bien sûr qu’Eupraxie et ses bénévoles leur expliquent comment construire un nid digne de ce nom, comment couver, comment nourrir leurs petits et comment leur apprendre à voler de leurs propres
ailes.
Tout cela a été exténuant pour tout le monde, mais quelle belle récompense lorsque dans les nouveaux nids s’élevèrent des « coucou, coucou » à plusieurs voix et non plus solitaires !
Et depuis, la forêt de Bigorbourg est la seule forêt au monde où les coucous élèvent eux-mêmes leurs petits. Eupraxie est toujours là bien sûr pour veiller au grain, mais dans l’ensemble elle est plutôt contente de son œuvre et si parfois il y a des rechutes, les familles d’accueil sont toujours prêtes à répondre présentes.