Par cette fenêtre en ruine oubliée au sommet de la falaise, je contemple la mer.
Le vent est frais, le soleil luit faiblement.
Derrière moi, tout-à-coup, un bruissement.
Je me retourne et devant moi se dresse une jeune femme d'une délicate joliesse. Sa robe surannée blanche à pois bleus fait ressortir le bleu de ses yeux, illumine l'or de ses cheveux, rehausse son teint diaphane. Tout en elle semble fragilité et délicatesse.
Dans un sourire timide, elle me dit d'une voix douce :
"Bonjour"
"Bonjour"
"Ce coin est très beau n'est-ce pas ?"
"En effet, on s'y sent hors du temps"
"Oui, c'est bien ce que je ressens aussi"
"Savez-vous ce que sont ces ruines ?"
"Il s'agit d'un ancien hôtel détruit pendant la guerre. Un grand hôtel où venait s'amuser l'élite de la région, on y dansait toute la
nuit sous le cristal des lustres"
"Oh, vous êtes du coin je suppose pour connaître aussi bien son histoire"
Son sourire se fait doux et mélancolique.
"Oui, on peut dire ça en effet"
"Cela devait être très beau à voir ces bals et ces fêtes"
"Oui, très beau"
Son ton semble plein de regrets.
Je me retourne brièvement vers le scintillement de la mer.
"Il est vraiment magique ce paysage"
Un nouveau bruissement, et lorsque je me retourne la délicate jeune femme a disparu aussi rapidement qu'elle est apparue.
Un peu interloquée, je regarde de part et d'autre.
Etrange, il n'y a guère d'endroits où se cacher et je ne me suis détournée que quelques instants.
Mon regard accroche alors un étonnant parterre de fleurs sauvages que je n'avais pas remarqué.
Je m'approche et au milieu des coquelicots, boutons d'or et autres fleurs des champs se dresse esseulée, fragile comme une porcelaine, une fleur blanche à pois
bleus.

Qui donc est cette jeune femme légère comme un courant d'air, ou peut-être devrais-je dire qui était-elle ?
A nouveau, étrangement rêveuse et comme décalée dans le temps, je me tourne vers la mer espérant peut-être entendre à nouveau le bruissement d'une robe en
soie.
(Ces photos ont été prises par moi-même
auTréport, je précise que les fleurs n'ont pas été Photofiltrement modifiées. Enfin l'Hôtel s'appelait le Trianon et a bien
été détruit pendant la seconde guerre mondiale. Et d'accord, la fleur à pois n'est pas esseulée sur la photo, mais c'était une licence poétique et comme dit Mic mon blog, mes
règles)