Merci à Jill-Bill pour ce nouveau charmant prénom !
Ce matin, en jetant un petit coup d’œil à Bigorbourg, je me suis aperçue qu’un « étranger » venait d’arriver au volant d’une petite voiture un peu fatiguée. Je me suis donc embusquée pour voir ce qu’il allait advenir (faudrait quand même pas venir polluer l’air de mon bourg !)
C’est un charmant jeune homme à l’air un peu bohème et rêveur. D’ailleurs le voilà qui s’allonge dans l’herbe pour regarder passer les nuages (eh oui, il fait beau à Bigorbourg et toc !).
Il baille, se tortille, semble se parler à lui-même.
Subrepticement, je m’approche pour l’écouter. Comment ça je suis curieuse, mais enfin, j’ai bien le droit de savoir ce que font les gens de passage ! Je ne l’avais pas prévu, moi, ce jeune homme !
Donc, il paraît préoccupé et regarde le carnet qu’il tient à la main.
« Qu’écrire, mais qu’écrire ? Rien ne vient, ma tête est vide, c’est l’horreur ! »
Ah, un syndrome de la page blanche semble-t-il ! Désolée mon grand, mais je ne vais rien pouvoir faire pour toi. A moins que ? Justement, voilà peut-être bien la solution qui s’approche.
Notre jeune homme vient se s’asseoir, manifestement les nuages ne veulent pas l’aider dans sa recherche de mots. Il soupire et regarde autour de lui. Tiens, il y a du mouvement à l’autre bout du champ. Il se redresse un peu plus et voit venir vers lui Inès et Violaine les brebis de Pernelle.
De belles brebis comme ça, ça devrait lui donner des idées non ?
Mais non, il a beau fouiller rien ne vient, si ce n’est qu’il trouve un peu bizarre que des moutons se baladent comme ça sans berger.
En réalité, il y a bien un berger, enfin une bergère en l’occurrence.
Tout étonné, le jeune homme, aperçoit une petite silhouette blanche qui s’agite autour des brebis, elle semble essayer de les diriger vers la ferme qu’il aperçoit au loin.
Mais qu’est ce que peut bien être cette drôle de chose.
Cette fois, il se met debout, la main en visière pour s’abriter du soleil (oui il y a du soleil à Bigorbourg et re-toc !) et mieux observer l’étrange tableau.
En effet, ce qui tourne autour d’Inès et Violaine, c’est une oie ! Une belle oie toute blanche, au beau bec jaune vif. Elle cacarde à qui mieux mieux pour remettre ses ouailles dans le droit chemin, mais manifestement, il y a de la rébellion dans l’air.
Les deux curieuses s’approchent du visiteur et tout benoîtement se mettent à brouter près de lui.
Il se met à rire, un peu ému de la confiance de ces deux belles demoiselles.
Il se risque à une caresse et il a droit en récompense à un regard tout doux.
L’inspiration va-t-elle revenir dans ce cadre idyllique ?
Un nouveau gros soupir et il s’effondre dans l’herbe, non rien ne vient, c’est à désespérer.
Alors qu’il se morfond, voilà l’oie qui s’approche de lui. Elle donne un coup de bec dans le carnet, ah ça elle connaît, elle a déjà vu ce genre de choses entre beaucoup de mains, elle sait notamment que les conteurs du village y jettent des idées pour les histoires que tout le monde écoute avec plaisir.
Elle regarde donc avec intérêt ce jeune homme, ce doit être un conteur et il va peut être la régaler d’une belle légende. Elle tend un peu plus le cou, mais les pages sont vides et il a l’air bien triste.
Elle s’adresse à lui dans son langage d’oie et bizarrement (mais vous savez comment les choses se passent à Bigorbourg !) il semble la comprendre.
« Non ma belle, je n’ai rien à te raconter, les idées ne viennent pas. Je ne suis qu’un pauvre Pierrot sans plume ».
Une plume, elle connaît très bien notre petite bergère elle en est couverte et elle sait aussi que dans le temps les poètes écrivaient avec, elle a vu ça dans un livre oublié par Pernelle. Alors, ni une, ni deux, elle s’arrache une belle plume et la tend à l’écrivain.
« Merci, merci, tu es bien gentille mais que veux-tu que je fasse de ta plume »
Décidemment, il est dur à la détente. Un coup de bec bien placé lui remet les idées en place.
Il rit et sort de son sac un canif, il taille la plume. Puis il enlève la cartouche d’encre de son
styl
o, la vide dans une coquille
de noix qui traînait par là, trempe la plume dedans.
L’heure de vérité a sonnée. Il se caresse doucement le front avec la plume et merveille, les idées affluent. Vite, vite, il se dépêche de les coucher sur le papier.
Lorsqu’il a terminé, il remercie la belle oie d’une caresse et lui promet de lui ramener du grain à sa prochaine visite.
Et Néomoise dans tout ça ? Néomoise est bien sûr le prénom de notre oie bergère, pourquoi Néomoise ? Parce que c’est le nom d’une sainte (bergère de son état) qui ne voulant pas être importunée par les hommes se vit octroyer une patte d’oie par Dieu, chacun voit midi à sa porte n’est-ce pas ?